N° 11, octobre 2006

Gholâm Hossein Sâedi, le précurseur de la littérature rustique en Iran


Behnaz Khâdjavi


Gholam Hossein Saedi (Gowhar Morad), grand écrivain des années 1960, a laissé derrière lui une œuvre majeure comprenant vingt-trois pièces de théâtre (Oeil pour Oeil, Le Meilleur Papa du Monde), de nombreux recueils de nouvelles (Les gens en deuils du Bayal (Azadaran-é Bayal, Dandil), des monographies et des scénarios (La Vache, Le cercle de Mina...) et un roman (Canon).Toutes ces œuvres tentent de dévoiler l’ambiance qui régnait en Iran dans les années 1960-70.

Gholam Hossein Saedi

Gholam Hossein Saedi naît à Tabriz en 1935. Il étudie la psychologie mais préfère le métier d’écrivain. Grâce à ses nombreuses pièces, il se fait d’abord connaître en tant que dramaturge. Ses pièces s’adressent à tous les publics, et lui-même affirmait ne pas écrire pour une élite. C’est également un romancier créatif qui écrit des récits intéressants comportant une analyse psychologique des gens en société. Médecin, psychologue et sociologue comme Tchekhov, il propose une analyse réaliste de ce qu’il dépeint.

Dans ses récits, Saedi met en scène le triste monde de la pauvreté envahi de superstitions, de folie et de crainte. Paysans détachés de leur terre, intellectuels hésitants et égarés, mendiants et vagabonds vivant en marge de la société, tous sont présents dans ses œuvres qui dépeignent une société en crise et bouleversée. Il tente de décrire l’influence de la pauvreté sur la corruption de la société et l’inquiétude des hommes.

La plupart des récits de Saedi traitent de thèmes rustiques et il est d’ailleurs l’un des pionniers de ce genre en Iran. Il a créé des œuvres importantes dans ce domaine et qui sont pour la plupart le fruit de ses nombreux voyages dans le pays. De retour d’Azerbaïdjan, il écrit Ilkhéchi, Azadaran-é Bayal, Khiave ou Meshkinshahr et il s’inspire de son voyage au sud de l’Iran pour la rédaction des ouvrages intitulés Les Hommes de Pair et La Peur et le Frisson.

Azadaran-é Bayal

Gholam Hossein Saedi

Azadaran-é Bayal est un recueil de huit nouvelles dans lequel Saedi décrit la vie simple des habitants d’un petit village. Il s’agit toujours du même thème ayant pour cadre un milieu rural et des gens qui y vivent. Bayal est un village pauvre et très retiré, noyé dans les superstitions. La naïveté des gens semble parfois exagérée. Ceux-ci vivent toujours dans l’idée d’un malheur imminent et toute leur vie se résume dans le fait de porter le deuil pour demander pardon aux Imâms. Saedi dépeint si bien la vie des villageois que le lecteur peut aisément saisir la ressemblance existant entre les habitants de Bayal et la société traditionnelle de l’époque, marquée par les idées dogmatiques.

Les hommes de Bayal parlent de choses simples, de la maladie et de la famine, des vols, de l’agriculture et des amours malheureuses. Saedi fait preuve d’un grand talent dans la description des rêves et des cauchemars des habitants de cette région étrange. L’ironie noire et piquante de l’auteur se révèle dans les moments où un événement imprévu change la vie monotone des villageois. Ceci amène le lecteur à découvrir les croyances bizarres et la réalité de la vie de ces hommes "primitifs".

La quatrième nouvelle du recueil de Azadaran-é Bayal est un drame poignant traitant de l’attachement d’un homme envers son animal qui est son bien le plus précieux. L’histoire de cette nouvelle est le thème de La Vache, film réalisé par Dariush Mehrjoui, grand metteur en scène iranien.

La Vache

Mashd Hassan, l’un des habitants de Bayal, est le seul à posséder une vache. Celle-ci est donc vénérée pour le lait qu’elle donne aux habitants. Mais Hassan a constamment peur des habitants des villages voisins qui s’intéressent à son animal.

Un jour, alors qu’il s’est absenté, sa vache meurt. Tout le village se mobilise pour essayer de lui cacher la terrible nouvelle en s’efforçant de lui faire croire qu’elle s’est sauvée. Mais Mashd Hassan n’est pas dupe et sait qu’elle n’irait nulle part sans lui. Il commence donc à perdre la raison, et ce malgré le soutien de ses amis. Il croit être devenu une vache. Ses amis l’enchaînent et décident de l’emmener à la ville pour le faire soigner. En chemin, il s’enfuit...

Mashd Hassan aime sa vache mais cet amour découle de raisons économiques et financières. Pour un pauvre paysan, l’achat d’un tel animal est généralement l’investissement de toute une vie, ce qui explique tous les soins qu’apporte Hassan à sa vache pour la maintenir en bonne santé et la protéger des pillards qui ne cessent de rôder autour de son village. Quand la vache meurt, Mashd Hassan se réfugie dans ses rêves pour oublier ses douleurs. Il sombre dans la folie. L’amour qu’il éprouve pour sa vache le mène à recréer la vache en lui-même. Il devient une vache pour se croire vainqueur.


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