N° 11, octobre 2006

La différence entre le tombeau de Cyrus le Grand et ceux des autres rois achéménides


Arash Nour-Aghaï
Traduit par

Homa Farivar


Les tombeaux des rois achéménides Darius, Xerxès, Ardéchir… se trouvent dans des cryptes creusées à même la montagne. On trouve ce genre de sépultures également chez les Mèdes à différents endroits : au Pont Zahab de Kermanchah, à Fakhrik, Miandoab et Soleimanieh (Iraq).

Le soleil se couchant derrière la montagne et le roi étant le symbole du soleil (en fait, il en est le frère), il doit donc reposer au cœur de la montagne. C’est pourquoi les tombeaux des rois achéménides se trouvaient dans la montagne, à un emplacement en forme de croix.

Alors, pourquoi le tombeau de Cyrus est-il différent ?

Le monument funéraire de Cyrus à Pasargad est en fait une “ziggourat”, c’est-à-dire une sorte de lieu sacré. Les “ziggourats” sont des constructions de 5 à 7 étages souvent surmontées, sur leur dernier étage, de l’effigie d’une divinité, que l’on trouve dans les civilisations mésopotamiennes et ilamites. le tombeau de Cyrus se trouve au 7ème étage d’une “ziggourate” surmontée d’une arête. Il est conforme aux sépultures des Aryens qui s’installèrent pour la première fois sur les collines de Sialk.

Par conséquent, c’est un amalgame de “ziggourate” et d’architecture ancienne de monuments funéraires.

Cyrus était-il considéré comme un dieu ?

L’architecture du sépulcre de Cyrus nous amène à la question suivante : est-ce que, après sa mort, Cyrus est devenu un dieu ?

Voici quelques points qui, éventuellement, pourraient étayer cette théorie :

1- Le bas-relief de la plaine de Morghab (Pasargad) a été attribué à Cyrus. Dieulafoi, célèbre archéologue français et son épouse ont indiqué l’existence d’une stèle gravée au-dessus de ce bas-relief.

James Maurier, Sir Robert Carpenter, un prêtre du nom de Foster et William Jackson ont mentionné une inscription analogue. William Jackson est d’avis qu’il s’agit là de la représentation d’un roi au statut divin.

Aujourd’hui, il y a des preuves que ce bas-relief dont la stèle a disparu correspond bien à l’effigie de Cyrus le Grand. Avant sa disparition, Robert Carpenter en avait effectué un croquis.

2- Pour la population de la région, cet endroit a toujours représenté un lieu sacré et les paysans des alentours n’ont jamais songé à l’abîmer. Au contraire, ils l’ont protégé et sauvegardé.

3- Les rois achéménides se considéraient de la race des dieux et peut-être est-ce pour cette raison qu’ils se sont octroyés des marques de divinité. Les artistes et sculpteurs iraniens et babyloniens ont représenté Cyrus comme un roi-dieu.

4- Cyrus jouissait de la protection des religieux de son temps, prêtres babyloniens et juifs. Peut-être est-ce ce qui a également contribué à l’octroi du statut de divinité.

Certains prophètes juifs comme Jérémie et Ezéchiel ont continuellement annoncé au peuple juif sa libération par l’intermédiaire d’un Sauveur. Le prophète Isaïe faisait campagne en faveur de Cyrus en le nommant " l’Invincible".

Dans le " Livre d’Isaïe ", il est écrit : "Moi, j’ai pris la main droite de notre messie, Cyrus, afin qu’à travers lui, je puisse vaincre les infidèles, déposer les rois et ouvrir les portes devant lui ". La déclaration des chefs religieux babyloniens sur le sceau de Cyrus dit ceci : " Il l’a poussé à prendre la route de Babylone et l’a accompagné comme un ami et compagnon ".

Au chapitre 44 de la Torah, il est dit : "Il est ma récompense. Moi, je l’ai poussé à faire régner la justice et je préparerai sa voie ".

Dans le " Livre d’Ezra ", Cyrus est confirmé dans sa mission et protégé. Au chapitre 48 du " Livre d’Isaïe ", il est dit ceci : " Dieu l’aime. Par conséquent, il accordera la joie à Babylone et son bras s’abattra sur les Chaldéens. Ainsi ai-je parlé. Moi, je l’ai appelé et l’ai amené pour qu’il rétablisse le bonheur ".

Il y a d’autres exemples historiques de rois ou d’empereurs qui eurent un statut divin soit de leur vivant, soit après leur mort. Les pharaons égyptiens font partie de ceux-ci et nous savons que les Perses, pendant la période achéménide, furent influencés par la culture égyptienne.

Chez les Zoroastriens, le " Faravahar", avec des ailes et un anneau était le symbole de la divinité.

Ce statut divin existe dans la culture mésopotamienne et, plus tard, chez les Romains. Marcus Aurélius, empereur-philosophe et modèle de Platon dans sa " République " était le type même du gouverneur parfait dans la théorie utopique de celui-ci et fut élevé au rang de dieu après sa mort ; un dieu qui avait fait l’honneur de passer quelque temps parmi les hommes.

En conclusion, nous pouvons dire que le statut de Cyrus différait de celui des autres rois achéménides.

Si le bas-relief de la plaine de Morghab représente Cyrus et si l’on accepte les déclarations de Carpenter à propos de la stèle gravée placée au-dessus du bas-relief portant l’inscription : "Moi, Cyrus, roi achéménide ", alors Cyrus était effectivement, selon les croyances de l’époque, un roi-dieu et ce pourrait être la raison pour laquelle il a été inhumé dans une "ziggourate".


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