Afzal-e-Din Badil Ebrahim ben Ali Khaghani Shervani est l’un des grands poètes persans du VIème siècle.

Surnommé Lessan Ajam (Langue des Perses), il est célèbre pour la puissance de son verbe et son extrême créativité littéraire.

Grâce à sa bonne connaissance des sciences de son époque et à son génie inégalé, il révolutionne l’ode classique en y introduisant de nouvelles images, métaphores et allégories qu’il trouve dans des définitions scientifiques jusqu’alors inusitées en poésie.

Il est sans aucun doute le maître incontesté de l’ode technique. Il possède une plume intense, raffinée, et difficile car sa maîtrise totale de la langue et de la technique poétique lui permettent de bâtir une poésie extrêmement structurée, encadrée, et en même temps souple et très imagée.

Tous ses poèmes portent la marque de sa technique originale et épurée.

Khaghani a été plus heureux que les autres poètes dans ses descriptions, comme celles de l’aube, des saisons, des quatre éléments ou des banquets, qui sont encore aujourd’hui une référence de choix pour les lettrés.

Il est l’auteur d’un recueil qui contient ses odes, élégies, quatrains, ballades et fragments, mais son oeuvre la plus connue reste la "TohfatolAraghein" ou " Souvenir des deux Iraqs", dans laquelle il décrit en vers son voyage en Iraq et son pèlerinage à la Mecque.

Bien qu’il fût avant tout un poète de cour, Khaghani était un homme à l’esprit libre, qui tenait à son indépendance. Il refusa de nombreuses charges administratives, parmi lesquelles une place de secrétaire auprès du calife abbasside, pour se consacrer entièrement à son art.

Il fut attiré sa vie durant par le soufisme, qu’il critiqua sévèrement par la suite. Il rejette le mysticisme passif et l’ésotérisme de pacotille qui sépare son adepte de la communauté humaine pour le sacraliser dans un égocentrisme bien pensant. Pour lui, le soufisme doit être un élan de l’être vers les autres pour leur tendre la main à l’occasion.

Après lui, nombre de poètes suivirent sa technique et usèrent des procédés dont il avait été l’innovateur, mais aucun ne put atteindre le rang d’honneur qu’il occupe encore de nos jours dans les coeurs des amoureux de la poésie persane.

Le feu de l’eau

N’agis pas ainsi,
Car de mon œil
Déferlera sur terre un torrent de feu,
N’as-tu point peur d’un tel torrent,
D’un tel feu ?

Hurlant comme un cerf,
Devant ton regard de gazelle,
Combien suis-je endurant,
Pour gémir autant
De mon être chagrin.

Ton chapeau de travers,
Vêtu d’une cape ouvragée, tu avances
Et l’arc de ton oeil en amande,
Tel un narcisse ivre,
Me lance la flèche d’amour.

Quand, en un rire délicieux,
Tu découvres tes fossettes
Comme les facettes de la lune,
De mes pleurs amers,
Deux mers surgissent.

Je pleurerais, pour que tu me voies,
Salomon au sceau dérobé,
Tu riras,
Pour que de ton agate,
Revienne à Salomon le sceau enchanté.

Ton éloignement est mon bonheur,
Car de retour, tu me rejoindras,
Je ne crois pas à ta tendresse
Je sais que d’elle, te viendra ma haine.

Le jour où ton cœur s’attendrira,
Je saurai que l’eau naît des pierres,
Et quand tes lèvres seront en colère,
Je saurai que l’hydromel est fait de miel.

Quand de tes dix doigts de gingeole,
Tu arrangeras le piège de tes boucles,
Sur mon visage ensanglanté
Se dessineront les rides,
Les rides des gingeoles.

Pleure tes larmes de sang, Khaghani !
En ce chagrin,
Car l’amertume
Est l’essence de l’amour,
Et son or découle du chagrin.


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