N° 20, juillet 2007

La médecine de la Perse antique, un souffle de salut


" Le Musée National de l’Histoire des Sciences Médicales"

Afsaneh Pourmazaheri, Farzâneh Pourmazâheri


" Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux... "

Serment d’Hippocrate le grand
460-356 avant J.C.
Père de la médecine grecque

Entrée du Musée National de l’Histoire des Sciences Médicales

La médecine et les médecins, les hôpitaux et l’évolution des méthodes chirurgicales en Perse antique constituent le centre d’intérêt de nombreux historien-chercheurs iraniens et étrangers. Comme beaucoup d’autres sciences, la science de la médecine occupa une place spécifique chez les Achéménides, les Sassanides, les Arsacides et même au sein de certaines dynasties antérieures. L’Avestâ, le livre saint des Zoroastriens, ainsi que d’autres livres religieux représentaient les sources les plus complètes de l’époque. Aussi, à l’époque de Zoroastre, les Aryens racontaient des contes et des légendes où il était souvent question de médecine et de médecins. Selon les croyances zoroastres, Thritâ fut le premier médecin en Perse, comme Imhotep en Egypte et Asclépios en Grèce. Grâce à l’école mazdéenne inspirée des idées de Zoroastre, les gens apprirent les méthodes de guérison à travers la religion et la spiritualité. Une autre école fut Ekbatana. Cette dernière fut fondée un siècle après Zoroastre par Seenapor Ohumstude, l’un de ses disciples. Celui-ci, en compagnie d’une centaine d’adeptes, s’occupait de soigner des malades.

Mohammad-ebn-e Zakaryây-e-Râzi

La médecine perse connut son apogée avec la fondation de l’Université de Gondi Shâpur par Shâpur Ier [1], fils aîné d’Ardéshir, roi puissant de l’époque sassanide. Après avoir vaincu Valérien, l’empereur de Rome, il entreprit ainsi de fonder cette université. Plus tard, au VIe siècle, Khosro Anoushiravân [2], roi sassanide, contribua considérablement au progrès de l’édification des bâtiments. En 489, la faculté d’Edesse [3] fut fermée en raison de châtiments et d’actes torture perpétrés sur ses adeptes orthodoxes. A la suite de cet événement, un grand nombre de chrétiens et surtout de savants nestoriens se réfugièrent auprès du roi sassanide. De même, en 529, l’université d’Athènes arrêta son activité, à la suite de quoi les philosophes néoplatoniciens d’Athènes et d’Alexandrie se réfugièrent en Perse où ils se mirent à enseigner. C’est ainsi que Khosro Anoushiravân entreprit de fonder un cénacle constitué de ces célèbres savants. Ce cénacle peut être considéré comme la première académie des sciences médicales du monde. Des cours se tenaient en Pahlavi et en Arâmi. Aux VIIe et VIIIe siècles, cette université contribua considérablement au progrès de la science de l’Europe de l’Ouest, notamment en traduisant des œuvres scientifiques persanes. Plus tard, l’avènement de l’Islam ouvrit de nouveaux horizons à la science médicale non seulement en Perse, mais aussi dans le monde entier.

Avicenne

Il est à rappeler que l’apparition des sciences médicales en Islam date de l’époque du prophète Mahomet à Médine. Ainsi, les recommandations formelles du prophète et des Imams au sujet de la médecine sont rassemblées dans des livres dont Tebb-ol-nabi, Tebb-ol-sâdegh et Teb-ol-rezâ. Le Coran insiste beaucoup sur la nécessité d l’apprentissage de la science de la naissance à la mort. Cela encouragea les musulmans de l’époque à se diriger vers des sciences telles que la médecine. En parallèle, un grand mouvement dans le domaine de la traduction de livres théologiques et scientifiques commença à se développer. Ces traductions en sanscrit, pahlavi, grec et en hébreu marquèrent le mouvement culturel le plus inouï dans l’histoire de l’humanité durant plus de deux siècles. A la suite de cet événement, l’ensemble de l’héritage écrit des cultures et des civilisations précédentes fut traduit et diffusé dans le monde de l’Islam. En Perse, les grands médecins de l’époque dont Avicenne et Mohammad-ebn-e zakaryây-e-Râzi influencèrent énormément l’histoire de la médecine en Orient aussi bien qu’en Occident. Vers la fin de IXe siècle et au début de Xe siècle, Râzi se mit à rédiger son plus grand chef-d’œuvre médical. D’après lui, le nombre de ses ouvrages dépassa une cinquantaine de livres parmi lesquels il faut mentionner Alhâvi. Celui-ci est considéré comme l’encyclopédie la plus complète de l’histoire de la médecine. Il consacra, selon ses propres dires, 15 ans de sa vie à la rédaction de ce livre grandiose. Vers la fin de Xe et au début de XIe siècles marqua l’avènement d’Avicenne, un des médecins les plus brillants de l’époque, et grâce à qui la médecine du monde musulman atteint un haut degré de perfection et de logique scientifique. Parmi ses œuvres, son Qânoun [4] accorda une haute estime à la médecine persane, qui ne cessa par la suite d’évoluer.

De même, durant la dynastie Safavide et avec l’arrivée au pouvoir des Qâdjârs, la médecine constitua d’être l’objet d’une attention continue de la part des Persans. Avant la fondation de Dâr-ol-Fonoun, aucun renouvellement dans le domaine de l’écriture des livres médicaux n’avait été observé. Cependant, après l’inauguration de Dâr-ol-Fonoun, des professeurs en médecine vinrent en Perse et se mirent à écrire et à traduire de nouveaux livres sur la pharmacologie, l’anatomie et la pathologie. Parallèlement, à la même époque, certains médecins ayant étudié à l’étranger entreprirent la traduction de livres de médecine provenant de leurs pays d’accueil. En outre, nombreux furent les médecins qui traduirent les œuvres de leurs professeurs à Dâr-ol-Fonoun. Si la formidable apogée qu’a connu la médecine persane est condamnée aujourd’hui à figurer dans les livres d’histoire, certains lieux permettent cependant de conserver la mémoire des efforts de ces scientifiques renommés et érudits. Dans ce but, à Téhéran, le Musée National de l’Histoire des Sciences Médicales offre un panorama riche de l’évolution de l’ensemble de ces techniques au cours de l’histoire iranienne.




Quelques instruments médicaux au musée National de l’Histoire des Sciences Médicales

Fondé en 2001, le Musée National de l’Histoire des Sciences Médicales tente de familiariser le public avec l’histoire de la médecine en Iran, et de répondre aux attentes de certains scientifiques et anthropologistes désireux d’approfondir leurs recherches dans ce domaine. Il est notamment frappant de pouvoir y observer des pierres fines, minuscules et bien taillées, appartenant à l’ère paléolithique moyenne [5] ou bien au néolithique [6], qui furent utilisées à des fins médicales. En outre, des squelettes, des crânes, des instruments chirurgicaux anciens et des illustrations retraçant l’évolution humaine enrichissent l’ensemble.

Une des pièces les plus remarquables est le crâne d’une jeune fille de 13 ans datant de 4900 ans. Il a été trouvé au cours des fouilles aux alentours de la Ville Brûlée à Zâbol. Le triangle taillé nettement sur ce crâne un peu déformé est très singulier, à la limite de l’anomalie. Or des recherches pathologiques ont mis en lumière que cette petite fille, à son vivant, souffrait de la maladie "hydrocéphalie [7]". Elle ne semble cependant pas en être morte, grâce au génie des chirurgiens de l’époque qui opérèrent habilement le crâne, en en faisant sortir l’eau qui s’y était accumulée. Des recherches microscopiques démontrent que la fillette en question survécu à l’opération et que les os de son crâne étaient en train de se réparer, et qu’elle perdit soudainement la vie dans un incendie.

On peut également y voir le corps intact d’une vielle dame âgée de 70 ans et qui semble avoir été parfaitement conservé après grâce à une ambiance sèche et l’existence d’une somme considérable de sel à l’endroit où elle a été retrouvée.

Crâne d’une jeune fille datant de 4900 ans

Au milieu d’une somme impressionnante de manuscrits, on peut également admirer celui du livre de Râzi Al-Mansouri, qu’il composa en 1063. Il est le seul et le plus ancien exemplaire de ce livre. Le Musée contient d’autres documents précieux, telle que la collection documentaire de Dr. Abdollah Khân-e-Ahmadieh et de la famille Nezâmî. Les progrès de la médecine actuelle sont largement redevables des recherches et découvertes de ces grands hommes.

Ce musée abrite également une vieille pharmacie autrefois dirigée par Dr. Nezâmi lui-même. Celui-ci préparait tous les médicaments à l’aide des instruments qu’il avait à sa disposition et en mixant les matières premières qu’il gardait séparément dans de grands bouteilles.

L’œil, grâce à son importance et aux efforts de professeur Shams, le fondateur de l’ophtalmologie moderne en Iran, occupe une place particulière dans le musée. Il fut notamment le fondateur du département d’ophtalmologie de l’école Dâr ol-Fonoun.

Le squelette intact d’un homme au musée National de l’Histoire des Sciences Médicales

Les plantes et les herbes, qui constituèrent la base des premiers médicaments inventés par l’homme, ne sont également pas oubliées. De nombreux échantillons de cette vaste pharmacie naturelle sont ainsi exposés : cydonia oblonga, ziziphus jujiba, thymus daenesis, coffe arabica, cinemmonum zeylanicum, camphora, trigonella foenum et beaucoup d’autres [8].

Les noms grecs, arabes, latins, persans… figurant dans de divers livres médicaux dévoilent une vérité indéniable : la médecine a pour but de sauver l’homme sans distinction de race, de couleur, de religion ou de nationalité, tout en soulignant les efforts constants des hommes de toutes les époques pour se protéger et guérir des diverses maladies les affectant.

Notes

[1Shâhpur Ier régna de 241 à 271 après J.C.

[2Surnom du roi sassanide Shosroês 1e.

[3Edesse : ville près de la frontière de la Syrie.

[4Terme signifiant "loi".

[5C’est-à-dire de 20 000 à 40 000 ans.

[6Les ères préhistoriques majeures sont les suivantes : Paléolithique inférieur, Paléolithique moyen, Paléolithique supérieur, Epipaléolithique, Néolithique.

[7Sorte de maladie où l’eau s’accumule dans le crâne du malade jusqu’à lui faire perdre sa forme originelle.

[8Graine de coing, jujube, thym, café, cannelle, camphre, fenugrec.


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1 Message

  • La médecine de la Perse antique, un souffle de salut 24 mai 2016 10:25, par ROYER Jean François

    Bonjour

    Je prépare une publication pour réaliser 48 monographies sur les épices et les condiments avec des aquarelles réalisées par une amie pharmacien.
    En élaborant la monographie sur l’Ase fétide, nom scientifique Assa foetida, je recherche l’étymologie du mot "assa".
    Je pense que cela vient du mot "aza" en persan qui signifie "résine" ou "mastic".
    Pouvez-vous me le confirmer ?
    Je suis pharmacien qui a arrêté son activité professionnelle et je travaille seul sur un projet nommé PHYTOPLANET portant sur les usages des substances naturelles (médicinales, cosmétiques, nutritionnelles) dans les diverses cultures du monde.
    Votre revue est vraiment passionnante : j’avais déjà trouvé un article excellent sur le Safran.
    En vous remerciant pour votre réponse.

    Jean-François Royer

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