N° 45, août 2009

Rouzbeh Zarrinkoub,lauréat du prix Sa’y-e Mashkour


Djamileh Zia


Le prix Sa’y-e Mashkour [1] a été décerné pour la première fois cette année en hommage à Monsieur Mohammad-Djavâd Mashkour, spécialiste de l’Histoire et de la civilisation de l’Iran. La famille de M. Mashkour a offert sa bibliothèque au Centre de la Grande Encyclopédie Islamique, et a chargé ce centre d’organiser le prix Sa’y-e Mashkour tous les deux ou trois ans en choisissant le lauréat parmi les doctorants dont le sujet de thèse porte sur les recherches sur la culture ou l’Histoire de l’Iran. Monsieur Rouzbeh Zarrinkoub a reçu ce prix le 18 avril 2009 pour sa thèse de doctorat intitulée Les changements des frontières orientales de l’Iran, de la période achéménide jusqu’à la période sassanide.

Biographie de M. Mashkour


Mohammad-Djavâd Mashkour est né en 1919 à Téhéran, dans une famille de religieux. Il fit des études secondaires à Dâr-ol-Fonoun puis entra à l’Ecole Normale de Téhéran. Il obtint une licence en littérature persane et arabe en 1939, et devint fonctionnaire du Ministère des Finances peu après, où il travailla pendant 9 ans tout en poursuivant des études en théologie et en langues. Durant cette période, il fréquenta les cours de quelques grands modjtaheds [2] de son époque dont Mehdi Ashtiâni, Allâmeh Tabâtabâ’i, Kâzem Assâr, Allâmeh Ghazvini, et apprit le syriaque et l’hébreu. En 1945, Ali-Akbar Dehkhodâ lui proposa de collaborer avec son équipe pour la rédaction de son Grand Dictionnaire [3].

M-Dj. Mashkour enseigna l’Histoire de l’Iran antique à l’Université de Tabriz à partir de 1948. Il partit à Paris en 1953. Il fut étudiant en doctorat à la Sorbonne, où il soutint sa thèse intitulée L’Histoire de l’Islam et ses branches. Il retourna en Iran en 1958, devint rédacteur en chef du journal Ettela’ât pendant 5 ans, et créa une revue en langue arabe, Al Ekha’, dont les articles avaient essentiellement pour thème les relations culturelles, politiques et religieuses entre l’Iran et les pays arabes. Il devint professeur à temps plein à l’Ecole Normale de Téhéran à partir de 1965, et enseigna parallèlement à la Faculté de Littérature et de Théologie de l’Université de Téhéran.

En 1974, il accepta le poste de Conseiller Culturel d’Iran en Syrie. Son séjour de 4 ans à Damas eut pour résultat la création de deux chaires universitaires de langue persane en Syrie (à Damas et à Alep), ainsi que la fondation de deux bibliothèques d’iranologie. Au cours de cette période, il enseigna à l’université de Damas et passa son temps libre à rédiger un dictionnaire des Langues Sémitiques, qui lui valut de devenir membre de l’Académie de la Syrie. Il rentra en Iran en 1978 pour reprendre son poste de professeur à l’Ecole Normale de Téhéran, et prit sa retraite en 1980.

M. Mashkour fut un pionnier dans le domaine de la recherche sur les différentes branches de l’islam. Il corrigea plusieurs livres anciens, les prépara pour leur republication, et rédigea des dizaines de livres et d’articles sur l’Histoire de l’Iran pré et post islamique. Il décéda à Téhéran le 14 avril 1995.

Le discours de Rouzbeh Zarrinkoub lors de la cérémonie de la remise du prix

Lors de la remise du prix, Monsieur Rouzbeh Zarrinkoub a remercié la famille Mashkour, les membres du jury et le Centre de la Grande Encyclopédie Islamique. Il a ensuite présenté brièvement sa thèse de doctorat - qu’il avait défendue en 2006 – consacrée aux changements des frontières orientales de l’Iran de la période achéménide à la période sassanide.

Rouzbeh Zarrinkoub

Rouzbeh Zarrinkoub a rappelé que la frontière avait pour fonction de créer une unité politique dans le territoire qu’elle délimite. Selon lui, « la frontière est le principal facteur de différenciation d’un Etat et d’un territoire par rapport à l’Etat et au territoire voisin. Elle conduit à une unification des intérêts et des espoirs de ceux qui vivent à l’intérieur du territoire qu’elle délimite, même si la langue, les coutumes et la religion de ces gens sont différentes. La frontière permet ainsi la création de civilisations nouvelles. Les guerres et les migrations changent les frontières et créent des métissages. Les gens qui vivent à l’intérieur d’une même frontière se sentent unis et solidaires bien qu’ils héritent de la culture de populations diverses. Les frontières sont donc très importantes et les Iraniens d’antan savaient cela, puisqu’ils attribuaient la garde des frontières à l’Archange Spandârmat  [4]. Les Iraniens pensaient que nul ne peut traverser une frontière sans l’aval de cet Archange ».

Rouzbeh Zarrinkoub a ensuite évoqué la question des frontières de l’Iran au cours de l’antiquité : « L’étude de la partie orientale du plateau iranien est nécessaire pour mieux comprendre les bases historiques et culturelles de l’Iran ». Il a également ajouté que « tout ce qui est en rapport avec la civilisation ancienne de l’Iran, avec la culture avestique, et avec le début des premiers Etats iraniens a un lien avec l’est du plateau iranien. C’est par la partie orientale de ce plateau que les peuples iraniens sont entrés en Iran. Tout ce qui fut progressivement assimilé dans la culture, la langue et la religion des habitants de l’Iran, et tout ce qui est en rapport avec l’Histoire politique, économique et sociale de l’Iran antique a ses racines dans l’est du plateau iranien. De ce foyer oriental, ils progresseront vers le centre, et puis à l’ouest du plateau iranien. Le territoire géographique décrit dans l’Avesta semble être la région est du plateau iranien ; de nombreux légendes et mythes iraniens évoquent également les frontières orientales de l’Iran ; tout cela indique l’importance de ces frontières ».

Le Centre de la Grande Encyclopédie Islamique

Enfin, M. Zarrinkoub a exposé brièvement ses recherches sur les régions frontalières situées à l’est du plateau iranien : « La présence de tribus nomades à l’est de l’Iran, leur migration vers l’ouest et parfois vers le sud, et les tentatives incessantes des Etats voisins de l’Iran pour étendre leur zone de pouvoir politique et militaire ont fait que les frontières orientales de l’Iran étaient en perpétuel changement, et qu’il y régnait un état d’instabilité et de désordre. J’ai tenté de clarifier le rôle des Etats iraniens dans la création de frontières stables à l’est du plateau iranien, du début de la dynastie achéménide (550 av. J.-C.) jusqu’au début de la dynastie sassanide (224 de l’ère chrétienne) ». Il a précisé que « les historiens et les chercheurs se sont beaucoup plus penchés sur les frontières occidentales de l’Iran, tandis que les frontières orientales restent un domaine flou et peu étudié. Nos connaissances à propos de l’est du plateau iranien sont très limitées et nous disposons de très peu de sources (livres ou articles) sur ce sujet, en comparaison avec les études faites à propos de l’ouest du plateau iranien, d’où la difficulté de faire une recherche sur ce sujet ».

Rouzbeh Zarrinkoub est actuellement maître de conférences au département d’Histoire de l’Université de Téhéran.

Notes

[1Les responsables de ce prix ont fait preuve de finesse d’esprit pour le choix de ce nom car l’expression Sa’y-e Mashkour a deux sens : on peut le comprendre à la fois comme « l’effort de Monsieur Mashkour » et comme « l’effort récompensé ».

[2Un modjtahed est un religieux chiite qui a atteint un haut degré d’érudition et qui peut se prononcer, notamment en émettant des fatwas, sur des questions de jurisprudence religieuse.

[3Le Grand Dictionnaire Dehkhodâ est actuellement le dictionnaire de référence de la langue persane.

[4Selon la croyance des zoroastriens, Spandârmat est l’un des six Archanges créés par Ahourâmazdâ pour combattre les forces maléfiques créées par Ahriman. Ces Archanges (Amshâspand ou Amerta Spanta en persan) sont des puissances de lumière ; ils ont une énergie qui communique l’être. Chacun d’eux protège une partie de la Création. Ainsi, la Terre et les territoires sont sous la protection de Spandârmat.


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