N° 13, décembre 2006

L’incrustation de la turquoise, un art original


Maryam Kowssari


Selon une certaine légende, la collision d’un météore avec la planète terre il y a des millions d’années aurait provoqué la formation de la turquoise. Une autre croyance attribue son origine à une formule chimique composée d’hydrates, de phosphates, de cuivre et d’aluminium. D’autres la décrivent comme étant le résultat du dépôt des sédiments du cuivre dans les terres arides. Quelles que soient ses origines, la turquoise est dotée d’une couleur et d’une beauté particulière.

Les Egyptiens l’extrayaient dans les mines du Sinaï, il y a quatre mille ans. Chez les Perses, deux mille ans avant J.C., la turquoise ornait bijoux et accessoires.

Aujourd’hui, l’art de l’incrustation de la turquoise compte parmi l’une des rares disciplines qui, bien qu’elle ne soit pas très ancienne en Iran, bénéficie d’un certain succès. Cet art a pris forme il y a soixante ans grâce à un artiste originaire de Machhad (nord-est de l’Iran), Youssef Hakimian, qui, en utilisant des débris de turquoise, a orné des surfaces différentes et a été ainsi le précurseur d’un nouvel art en Iran.

Les variétés de turquoise

On connaît deux types de turquoise : simple et Chadjari (voir plus bas) qui sont les variétés les plus courantes. La turquoise de Nichabur (ville située dans la région de Khorassân) est d’une meilleure qualité étant donné que ses parois sont plus petites et plus résistantes aux matières grasses ; cette gamme est également plus résistante par rapport à d’autres. La pierre originaire de la turquoise de Nichabur est une pierre Basalte [1], de couleur noire avec une surface polie. Du point de vue commercial, la variété dite simple qui a une couleur bleue homogène est plus chère. La variété Chadjari, de couleur bleue, plus foncé, ayant parfois un fond noir et dotée de couches plus épaisses, est également très recherchée.

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La turquoise chadjari

L’art de l’incrustation

Cette technique nécessite un outillage varié composé de pioche, pioche mécanique, différentes pinces, lime, fraise de polissage, four à gaz, etc., à l’aide desquels les petits morceaux de pierre sont incrustés les uns contre les autres, comme dans un travail de carrelage. Le maître artisan procède par l’exécution d’un contour métallique de deux ou trois millimètres d’épaisseur qui entoure la surface destinée à l’incrustation des pierres. Dans certains cas, cette partie est garnie de fils métalliques qui sont rajoutés à l’ornement. Les débris de turquoise utilisés viennent souvent des ateliers ou des mines de Machhad, Nichabur ou Damghân. Après le tri des turquoises, l’objet en question est chauffé à une température de 30°. Durant ce procédé, les parties destinées à l’incrustation sont recouvertes d’une couche de vernis en poudre qui, une fois fondue, sera le support et le fond sur lequel les pierres seront collées. Pour remplir les espaces vides, on fait monter la température jusqu’à 40°, on procède à nouveau avec le vernis fondu, et on utilise des débris plus fins qui unifient l’ensemble de la surface travaillée. A la fin, les reliefs et les excédents sont polis avec une machine de taille de pierre. On continue de polir les parties métalliques et les parties incrustées, sur lesquelles l’artisan applique de l’huile d’olive ou de sésame afin de retrouver la couleur originelle de la turquoise. Pour le travail d’incrustation, l’artisan ne dispose pas de motif défini au préalable.

Les prédécesseurs

Parmi les maîtres de ce métier, on peut nommer les maîtres Sadig-Pur et Your-Chalmi (Nasser et Romani).

C’est à Ispahan que cet art est utilisé de façon répandue, aussi bien en bijouterie que dans l’ornement d’objets décoratifs. De nos jours encore, il reste un domaine méconnu par le grand public et le caractère coûteux de la matière première contribue à la stagnation de ce marché.

Notes

[1Pierre Basalte : pierre volcanique de couleur noire.


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