Le nom " Torandj " vient du cédrat, fruit proche du citron, et compte parmi les plus anciens motifs de décoration de l’art islamique et iranien. Ce modèle de composition sert notamment à décorer les couvertures de livres ainsi qu’à illustrer leurs pages. Il est également très utilisé dans l’ornementation du Coran. On trouve également ce motif de façon répétitive sur les tapis et de nombreux autres objets décoratifs. Le Torandj est habituellement représenté sous forme de losange ou encore d’une amande. Cependant, les variations sont multiples : ses traits sont parfois arrondis ou prennent une forme carrée, évoquant tour à tour soit les étoiles, le soleil, ou encore certaines fleurs. Ce motif apparaît souvent au centre ou au milieu de l’objet qu’il décore, et toutes sortes de fleurs, de feuillage ou bien d’animaux sont soigneusement et harmonieusement peints à l’intérieur même du Torandj. Cependant, lorsqu’il s’agit d’ouvrages islamiques ou du Coran, il est de coutume que l’intérieur du Torandj soit orné de versets coraniques ou de hadiths prophétiques. En outre, on rajoute parfois deux motifs symétriques à ses extrémités appelés "Sar Toranj". De nombreux autres motifs existent également.

Le Toranj

On ignore la forme initiale et l’origine exacte de ce modèle de composition que certains comparent au soleil et d’autres aux hôwzs, ces bassins traditionnels que l’on trouve dans les cours des vieilles maisons. Certains pensent que suite aux avancées architecturales, la forme du bassin a été modifiée et à favorisé l’apparition de figures losangées, octogonales, etc. D’autres ont attribué l’origine de ce motif à un hâdith du prophète Mohammad (p.s) qui avait qualifié d’ "Atrojan" - qui signifie cédrat en arabe - un fidèle adepte du Coran. Lingz choisit le mot "Chojaïré" pour évoquer ce fruit, pour lui symbole du "Chajâreye Tayébé"(arbre des saints) présent dans les marges des plus anciennes pages calligraphiées du Coran.

Les représentations du Torandj tracées sur les pages du Coran, au centre des tapis de prière, dans des lieux sacrés tels que la mosquée de Cheïkh Lotfollah d’Ispahan ou encore celle de Ghavameddin en Egypte, nous amènent à croire que cette forme de représentation artistique avait, pour les musulmans, un sens essentiellement religieux.

Du XIe au XIIIe siècle, le Torandj devint, dans la plupart des pays musulmans, le principal motif ornemental du Coran. C’est à cette époque que les décorations dépassèrent les marges et que l’on trouva bientôt des Corans dont les Toranj s’étendaient parfois jusqu’au milieu des pages. Un des plus beaux exemples de ce motif est visible dans une édition du Coran datant du XIe siècle et soigneusement préservée à la bibliothèque Chesterbeyti de Dublin.

Sar Toranj

les Iraniens connaissent le cédrat Depuis fort longtemps et l’ont utilisé dans de nombreuses représentations. Les gravures et fresques datant de l’ère préislamique l’attestent parfaitement : ce motif est en effet visible sur les vêtements d’anciens rois perses. Toutefois, tout porte à croire que son utilisation s’est considérablement développée après l’apparition de l’Islam. En Iran, c’est à partir de l’époque Timouride que l’utilisation du Torandj, qui servait d’illustration aux couvertures des livres, prit son ampleur. Des créneaux vinrent bientôt s’ajouter aux pourtours des motifs et l’ornement intérieur du Torandj fut de plus en plus complexe. Durant les époques safavide et qâdjâre, les enlumineurs créèrent de magnifiques représentations du Torandj dont les contours étaient de créneaux. Au Xe siècle, des sceaux en forme d’œufs furent inventés et largement utilisé pour décorer les couvertures des livres. S’inspirant des artistes iraniens, l’Inde, l’Egypte, ainsi que l’empire Ottoman, ornèrent également les pages de nombreux ouvrages de Torandj.

Le Torandj est l’un des principaux motifs des tapis persans, notamment ceux de Tabriz et de Kâchpan. En outre, le tapis d’Ardébil - plus connu sous le nom de " Tapis de Sheïkh Safi " - et le Tapis Chelssi, tous deux conservés au British Museum, sont ornés de Torandj. Le tapis "Modjé Darya" (vague de l’océan) est exposé dans un musée à Vienne, est également orné de Torandj.

Représentant le cédrat dans toutes ses formes et le compilant avec d’autres motifs, les Iraniens ont su créer des nouvelles formes, splendides : on peut ainsi évoquer le "Torandj Tou Dar Tou" (sorte d’emboîtement des motifs), "Torandj Dasste Gol" (bouquet de fleurs), le "Torandj Chah Abbassi", et bien d’autres. Enfin, les formes géométriques et les dimensions du Torandj demeurent intimement liées à l’artiste qui leur donne vie : on compte ainsi autant de formes différentes de Torandj que d’artistes. De même, ses motifs varient sensiblement selon les ethnies et les régions. A partir du XIVe siècle, le Torandj servit en Iran à la décoration des tissus. Cette mode se répandit et l’on peut retrouver aujourd’hui des étoffes andalouses et égyptiennes ornées de ce motif iranien.


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