N° 13, décembre 2006

Ommân Sâmâni
ou la versification de la dimension mystique d’Ashourâ


Khadidjeh Nâderi Beni


Né à Sâmân [1] en l’an 1259 de l’hégire, Ommân Sâmâni [2] , étudia la littérature arabe, le droit et la logique à l’école de Sadr à Ispahan. Très jeune, il se distingua par ses dons d’écriture et de par la qualité de ses poèmes, pour devenir par la suite membre de l’Assemblée Poétique d’Ispahan. Ce grand poète se caractérisait par sa dévotion particulière aux quatorze "immaculés", dévotion qui a fortement marqué sa poésie. De ce point de vue, il est classé au même rang des poètes comme Mohtasham [3].

Dans son recueil intitulé " Ganjineye Asrâr" (Trésor des mystères), il a versifié l’événement de Karbalâ en adoptant un regard résolument mystique et en suivant une interprétation purement gnostique, ainsi que l’a vécu l’Imam Hossein (as). Ainsi, ce dernier n’avait qu’un seul désir : manifester la vérité et l’amour divin ; et c’est dans ce sens que l’" Ashourâ" est l’histoire d’un amour, mais d’un amour infini. Ainsi, la vie de l’Imam Hossein (as) est l’incarnation et la cristallisation de l’amour dans le monde matériel.

Outre ses éloges consacrés aux Imams, il a rédigé d’autres recueils poétiques comportant toujours une dimension gnostique traitant de l’existence de l’être humain, de Dieu, de la création de l’Homme, etc. Il a également composé un très célèbre poème qui commence ainsi :

Qui est-ce, caché en mon corps, mon âme ?

Qui est-ce qui parle par ma bouche, en mon nom ?

Qui est-ce qui possède mon être ?

Qui est-ce qui prétend me connaître ?

Qui est-ce qui est dans mon corps - auditeur, orateur-

C’est moi !? Je ne le crois pas, Ô mon Seigneur !

Après une vie riche en productions littéraires, Ommân meurt en l’an 1317 de l’hégire ; il est enterré, selon ses propres voeux, à Najaf [4].

Tous les fidèles de l’Imam Hossein (as) furent tués au champ de bataille dans un combat contre l’armée de Yazîd. Il appartient alors à l’Imam de combattre et de mourir en martyre pour la communauté des croyants. Voici l’explication gnostique, telle qu’elle transparaît dans le poème d’Ommâne Sâmâni traitant du dernier dialogue de l’Imam Hossein (as) avec sa sœur Zeinab, qui voulait l’empêcher de partir :

De tout son cœur, il accueillit sa sœur,

Et se courba pour baiser son front.

Il l’embrassa comme son âme et lui dit

Ses dernières paroles, petit à petit :

Ô toi qui m’empêche de partir, es-tu ma sœur ?

Ou le soupir nocturne des ayants malheur ?

N’enchaîne pas mes pieds, ils sont résolus

Ne m’interdis pas le chemin car je l’ai voulu

C’est ensemble que nous parcourons cette route

Toi avec tes pas, las, moi avec mon esprit

Sois, pour les ruinés, un abri,

Et protection, pour les femmes sans mari !

Ne te lamente jamais sur mon sort

Ne pleure guère ma mort

Il serait tant désagréable pour moi

Que tu pleures ma mort à haute voix

Ton père est Ali : le Lion de Dieu

Toi, une lionne qui chasse mieux

Zeinab écoutait, attentive

Ce qu’il disait en un exposé rapide

Ce qui sortait des lèvres de la sœur

Il l’entendrait, en son âme, tout à l’heure

Le discours de l’amour serait compréhensible

Si son vrai narrateur était accessible

Ô poète ! Sois tranquille juste un instant !

Ô langue ! Tais-toi, écoute quelque temps !

Pour entendre Zeinab, qui répond

Aux paroles du roi, à sa façon,

Ô mon frère ! Pour nous l’amour a un même sens

N’en avons-nous pas supporté les souffrances ?

Pour que l’on passe cette voie dans l’ivresse

C’est à nous de boire d’une même coupe

Nous suivons le chemin de notre Dieu unique

Notre mission n’est qu’une lutte identique

Notes

[1Village jouissant d’un climat agréable et doté de grands jardins situé à Chahârmahâl- va- Bakhtiâri.

[2Mirza nour-allah, que l’on a surnommé Tag-ol- shoarâ. Il vécut au 13ème siècle de l’année solaire.

[3Poète du 10ème siècle de l’année solaire, célèbre pour ses éloges sur l’Imam Hossein (as).

[4Ville irakienne où se situe le tombeau de l’Imam Ali (as).


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