N° 13, décembre 2006

Théâtre Shahr, citadelle de l’art dramatique au cœur de la ville


Afsâneh Pourmazâheri, Farzâneh Pourmazâheri


Tout commence au lever du soleil. La ville se réveille. Les voitures démarrent. Les magasins s’ouvrent les uns après les autres. Les balayeurs apparaissent dans les rues, balai à la main. Les écoliers trottent vers l’école. Les clients vers les marchés. Les chauffeurs pressés au volant. Les autobus. Les klaxons. Les bruits… Et moi… Je suis là, à Téhéran. Je suis là depuis longtemps. Je suis le témoin de ce grand spectacle tous les jours. Les gens y jouent inconsciemment leur vie quotidienne, tellement animée, tellement rapide, et ininterrompue. Mais chez moi, il en va autrement. Je suis la citadelle de l’art dramatique, " Théâtre Shahr ".

Ici, des acteurs vont et viennent. Ils répètent. On les maquille. On attribue à chacun son rôle. Le décor est préparé. La lumière et la sonorisation sont installées. Finalement, à l’heure précise, mes portes s’ouvrent et une foule considérable d’amateurs s’installe et admire Antigone, les Séquestres d’Altona, de Médée, de Cécité et une centaine d’autres spectacles joués chaque année. Une scène tournante, un ascenseur et des barres montantes pour changer de décor… tous appartiennent à ma salle principale. En fait, mes sept salles bien équipées peuvent accueillir plus de 1100 spectateurs ; la salle principale, qui est mon aînée, contient 579 personnes, Tchaharsou 120, Sayeh 100, Ghashghaii 100, la salle numéro deux 80, l’atelier 80 et le “No” (Nouveau), 50. Je suis constitué de trois étages bâtis à partir d’une base cylindrique et mon architecture a été conçue par l’ingénieur AmirAli Sardar Afkhami. La combinaison des styles architecturaux traditionnel et moderne est l’une de mes particularités. Les colonnes qui m’entourent me rappellent les gardiens des châteaux anciens. Elles m’ont soigneusement protégé depuis le jour de ma construction. Elles se réunissent quelque part en haut, en se tenant par la main dans un cercle. Je vois chaque jour des regards curieux qui montent le long de mes piliers gigantesques jusqu’à ce qu’ils rencontrent la ribambelle de losanges couronnant ma tête. Autrefois, je n’étais qu’un grand café où les gens passaient leur week-end et s’amusaient en assistant à quelques spectacles ambulants. C’est en 1967 que ma construction a commencé avec la collaboration de la France, de l’Allemagne et de la Hollande.

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Photo : Nasser ERFANIAN

Quatre ans plus tard, en 1971, et avec " Le jardin des cerises" d’Arbi Avanessyan, j’ai ouvert mes portes pour accueillir les amateurs d’art dramatique. Depuis ce temps-là, j’accueille toutes sortes d’activités théâtrales. J’ai aussi un café, un parking et une salle d’attente qui sont à la disposition du public. Ma bibliothèque s’est enrichie d’un grand nombre de livres pour que les bibliophiles puissent augmenter leurs connaissances artistiques. Ce n’est pas toujours des spectacles des troupes renommées qui attirent le public. Parfois, des étudiants viennent en petits groupes jouer à l’extérieur : les spectateurs ne sont alors que des passants ou des vieillards assis sur les bancs en pierre. Devant moi, il y a aussi deux jets d’eau qui jaillissent verticalement et retombent dans les bassins en rafraîchissant l’air. Grâce à cette ambiance, la foule a tendance à y rester de longues heures. Parfois, des pièces appartenant au registre du théâtre religieux ou encore consacrées à la narration des grandes épopées iraniennes - notamment le Shâhnâmeh - sont jouées. J’aime ces allées et venues et les histoires que les artistes m’offrent. J’aime ces gens qui laissent une avalanche des sentiments se déverser sur scène, j’aime entendre la cascade des applaudissements retentir une fois la représentation terminée. Tant qu’il y aura des admirateurs passionnés de spectacles, mes consoeurs et moi aurons des motifs pour continuer à vivre. Je suis heureux d’être situé au cœur de cette métropole et d’entendre sa palpitation jour et nuit. Au crépuscule, le soleil cède sa place aux lumières des réverbères. La ville pleine d’animation se fatigue et ralentit son pas. Chaque jour, je me retrouve face à une nouvelle vie, à une nouvelle pièce et je vis avec l’espoir d’en découvrir d’autres à chaque moment de mon existence.


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